Je ne me sens pas souvent légitime. Presque jamais en fait. Et je sais que de nombreuses femmes ne se sentent pas légitime non plus. Pas assez expérimentée pour pouvoir parler de tel ou tel sujet. Pas assez expérimentée pour pouvoir prétendre à un poste qui nous fait de l’oeil.

Le sentiment d’illégitimité revient dans la vie de chaque femme. Et je pense que ce qui dérange le plus avec la nouvelle vague féministe, c’est que certaines femmes s’affranchissent enfin du sentiment d’imposteure qu’elles traînent comme un boulet à leur pied depuis tant de temps.

Je ne me sens pas souvent légitime parce qu’on m’a construite socialement pour que je m’auto-diminue. Que je minimise mes atouts, mes connaissances. On m’a socialisé pour que je ne froisse pas l’égo des mecs. Ne pas froisser leur égo, ne pas les blesser surtout, ne pas porter atteinte à leur virilité. Dans mon métier, souvent, quand je pars avec un homme en duo, on ne s’adresse pas directement à moi, mais à lui. Même si de nous deux c’est moi la journaliste.

C’est le cas dans tant de métiers.

C’est pour ça que je me sens aussi bien en parlant de féminisme. Parce que c’est probablement le seul domaine dans lequel je me sens totalement légitime. J’ai acquis des connaissances, je connais mon sujet et je le vis. Je suis légitime parce que je suis une femme. On est toutes différentes face à la légitimité. Je pense que j’ai besoin de me rassurer. J’adore la littérature, et j’ai adoré l’étudier. Ça ne veut pas dire que je me sente légitime pour en parler, malgré ma licence. Mais ce diplôme me sert un peu de bouclier pour masquer le fait que je me sente comme une imposteure. J’ai deux diplômes en journalisme, j’aurais certainement pu le pratiquer sans diplôme. Ce métier s’apprend sur le terrain et de nombreux.ses journalistes que j’admire n’ont pas fait d’école, iels sont juste journalistes. Ils ou elles ont saisi des opportunités.

Je ne crois pas aux pouvoirs des diplômes. Je crois que beaucoup de métiers s’apprennent sur le terrain, que beaucoup d’erreurs sont commises que l’on ait un bout de papier ou pas. Dans ce drôle de métier qu’est le mien, je crois qu’on repère facilement un.e « bon.ne » journaliste.

Mon syndrôme de l’imposteure vient du fait que je me considère instruite mais pas forcément intelligente. Je sais bien parler, enrober, mais je ne me considère pas pointue.

Les choses qui m’énervent, je les écris avec esprit, je les dénonce. Mais ça ne change pas le fait que la plupart du temps, quand je traite un sujet, je me sens bête. Malgré toute ma compréhension et mes lectures, si je ne suis pas spécialiste (ce qui est impossible quand on fait du journalisme généraliste), je ne me sens pas légitime à écrire.

Voilà encore une autre façon de me sentir comme une imposteure. Malgré tout, j’ai conscience de mes atouts. J’ai des qualités qui, je crois, font de moi une bonne journaliste.

Je ne dis pas qu’aucun de mes camarades masculins n’a jamais ressenti ce que je ressens, simplement, l’histoire a montré, notamment lorsque j’étais encore à l’école, que ce n’était pas le cas. Je me souviens que pour nos projets, les filles avaient plutôt traité des sujets sociaux, et les garçons des sujets politiques, scientifiques ou sportifs.

Et je me souviens alors de quelques regards méprisants. Mais ça change, car aujourd’hui on parle plus de féminisme dans les rédactions, on parle plus de sujets de société. On déconstruit ce qui nous a socialisé à se diminuer. J’ai compris, à travers mes expériences professionnelles, qu’en fait il ne s’agissait pas de mes compétences, mais de ma confiance en moi. Je porte un regard sur le monde singulier, j’avance toujours pour essayer d’approfondir mes réflexions. Alors je n’essaie plus de m’adapter à ce journalisme qu’on attend de moi, mais j’essaie de l’adapter à ce que j’ai envie de raconter.

Certes, la plupart du temps je ne me sens toujours pas légitime. Mais je sais que le temps va me donner cette confiance qui me manque. Je sais que c’est à moi de faire des pas en avant pour être celle que je veux être. Et qu’un jour, peut-être, tous ceux et celles qui me font douter de ma légitimité à exercer mon métier, à parler de sujets que je connais bien et dont je suis pratiquement experte, ne m’atteindront plus.

Ce n’est qu’un exemple de déconstruction sociale. Ça prend du temps de démêler tous les nœuds que l’on a noué durant toute notre vie. Mais si c’est pour, enfin, se sentir légitime et prendre la place qu’on a le droit d’occuper, alors allons-y !

Pour mieux comprendre le syndrôme de l’imposteure : http://madame.lefigaro.fr/bien-etre/elles-reussissent-professionnellement-mais-ne-saccordent-aucun-merite-110915-98141

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s